APPEL À PARTICIPATION
CARTE INTERACTIVE « POUR UN MONDE DE LIENS »

IMPRIMER L’APPEL À PARTICIPATION // VERSION PDF

Appel

L’espace qui sépare notre corps d’un autre relève d’une expérience physique. C’est par nos sens (odorat, toucher, vue, ouïe) et par notre perception kinesthésique (déplacement et position) que nous éprouvons les distances entre les autres et nous, entre le monde et nous. Éloignement, attraction, écart, attirance, du lointain à l’affleurement et au toucher, les corps sont reliés les uns aux autres par des liens sensibles.
En une journée, nos corps traversent de nombreux espaces, du plus intime, celui de la chambre, au plus exposé, celui de la rue. Des règles explicites et implicites régissent chacun de ces espaces et l’on y pratique divers ballets spécifiques à chacun. Nos corps se déplacent d’espace en espace, en suivant des partitions solo, duo, chorale et collective. 
De même dans notre vie sociale (bureau, hôpital, échafaudage, école, théâtre, champ, atelier, stade, etc.), on danse des chorégraphies codées par la culture professionnelle en vigueur. 

Le jeu des écarts entre norme et improvisation, attendu et vécu, participe à la naissance d’émotions : surprise, complicité, dégoût, joie, peur, désir, émotions qui donnent vitalité à la coopération dans la discussion, le soin, la création, l’apprentissage, etc.  
Aujourd’hui, des règles étatiques demandent à chaque corps de maintenir, avec les autres, à un écart de un à deux mètres. Un nouveau code apparaît, un code proxémique dans lequel le contact physique, peau contre peau, se restreindrait à la seule sphère intime.
Dans ce contexte de distanciation imposée, où se rapprocher nous transforme tout à la fois en agresseur et en victime potentiels, de nombreuses questions se posent. Nous proposons à des personnes de différentes professions, d’exprimer ce qu’ils vivent de ce moment. Cette carte recueille leurs témoignages, écrits et images qui rendent compte de ce que provoquent en nous ces corps assignés à distance

Pistes de réflexions

De l’éloignement intrinsèque aux écrans jusqu’au contact avec un matériau, une œuvre, une personne, comment le jeu des distances physiques influence-t-il les formes du vivant dans la création, la relation ou l’apprentissage ?
Comment avez-vous ressenti et ressentez-vous encore ces contraintes proxémiques, au regard de vos valeurs, votre profession, votre art ?
Qu’ont déclenché en vous ces règles ? Qu’est-ce qui vous touche, vous sensibilise, vous choque et vous donne envie de réagir ?

Proposition de participation

Nous proposons à chacun de répondre à ces interrogations sous forme de mots, de dessin, de photo ou de film.
Ce document (texte, image ou vidéo) est à épingler depuis votre endroit sur Terre, avec prénom, nom et activité si vous le souhaitez.  
Lien vers la carte « Pour un monde de liens » ICI.

Votre contribution sera soumise à un temps de délai afin de vérifier qu’elle ne comporte pas de provocations, diffamations et injures présentant un caractère raciste ou discriminatoire suivant la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse.
Vous pouvez correspondre avec les éditeurs de la carte Marjorie Nadal et Damien Poinsard via info@thealingua.com. Vous pouvez également laisser vos coordonnées dans votre texte si vous le souhaitez. En cas contraire, Thealingua ne possèdera aucun moyen de vous contacter.

Merci pour cette mutualisation de la réflexion. Cette carte est la nôtre. Créons-la, ensemble.

IMPRIMER L’APPEL À PARTICIPATION // VERSION PDF



Contribution de Thealingua à la carte un monde de liens.

Vivre, corps en liens– Resserrons les liens !

Ulysse et les sirènes, J.W.Waterhouse, 1891, National Gallery of Victoria, Melbourne

Mars 2020, le virus se propage en Italie, France, Allemagne, puis envahit tout le continent européen. Les gouvernements nous ont dit « Stop ». À nous, les métiers « non-indispensables au fonctionnement du pays ». Restez chez vous, arrêtez de travailler ensemble dans un même lieu, arrêtez de vous rassembler pour créer, arrêtez de vous toucher, de vous voir, d’échanger, arrêtez ce que vous faites au quotidien… C’est trop dangereux. Mais par contre : Continuez à distance, en télétravail, en téléapprentissage, par écran, par téléphone. Faites tourner l’économie, mais ne vous côtoyez plus. Comme si l’écran et les distances n’altéraient pas la collaboration et la création. 
Thealingua fait partie de ces structures arrêtées pour cause de pandémie. Elle travaille à la croisée du théâtre, de la pédagogie et des langues ; les interdictions portant sur les corps, le groupe et les échanges ont donc bloqué toute son activité. 

Nous enseignons les langues étrangères par la création théâtrale.     
  
Nous mettons en place un cadre bienveillant pour faire ensemble, pour apprendre.       

Nous mettons en jeu la voix, le rapport à l’autre, la concentration, les émotions, la gestion du temps, le rythme, l’écoute, la répétition, la gestion de son corps seul et avec l’autre, le ressenti, la confiance en soi et en l’autre, l’esprit de groupe, l’imitation, sur un espace vide, notre espace de travail. Être ensemble, pour créer ensemble.       
 
Nous fondons nos actions sur trois principes. Le premier est l’engagement. C’est une alliance passée avec soi et les autres dans un temps donné, au bénéfice d’un projet partagé. Le deuxième est le recours au corps comme outil de développement et d’apprentissage, par lequel passe l’énergie de la création. Le troisième est l’étayage par le collectif comme moteur de la motivation, soutien bienveillant et générateur de plaisir ; faire ensemble pour aller plus loin et générer du dépassement de soi et de la fierté.    

Nous utilisons nos sens pour nous adapter au réel, nous accommoder du cadre et attendre que les besoins naissent, dans le respect de la création théâtrale telle que nous la souhaitons.
Nous proposons un moment détaché de l’avoir pour se recentrer sur l’être, libéré de la consommation pour se concentrer sur le ressenti et sur l’imaginaire, éloigné de l’accumulation de savoirs non-articulés pour s’ouvrir à l’instant présent.

En ce printemps 2020, nous subissons le choc économique (aucune activité possible pendant des mois) et psychologique (isolement physique, à l’antipode de notre pratique quotidienne).
Le nouveau règlement social nous impose une distance qui annihile le jeu collectif et la collaboration. Cette société nous entraîne vers un monde connecté par l’informatique où l’écran deviendrait la norme et le premier objet de médiation pour les relations humaines et l’apprentissage, avant l’échange oral, l’écrit et la rencontre.
Après la peur engendrée, la compréhension des besoins sanitaires et l’acceptation de nouvelles règles de distanciation, vient le temps de réorganiser notre métier, dans de nouvelles conditions. 
L’enjeu est de comprendre et transformer les contraintes imposées, de ne pas se laisser attirer par les sirènes du tout numérique, pour réaffirmer nos principes de travail et résister.

Oui, il faut trouver d’autres façons de faire ; nous avons commencé. Mais restons vigilants, ne lâchons pas les liens qui donnent force et font l’essence de la vie.

Marjorie Nadal, Damien Poinsard. Juin 2020.

IMPRIMER LA CONTRIBUTION DE THEALINGUA « Vivre, corps en liens »